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La fiction dans les pratiques historiennes
Journée d'études du Mémo
le 22 juin 2026
« L’historiographie occidentale lutte contre la fiction. Entre l’histoire et les histoires, cette guerre intestine remonte très loin. C’est une querelle familiale qui, d’emblée, fixe des positions. Mais par sa lutte contre l’affabulation généalogique, contre les mythes et les légendes de la mémoire collective ou contre les dérives de la circulation orale, l’historiographie crée un rapport au dire et au croire communs, et elle se loge précisément dans cette différence qui l’accrédite comme savante en la distinguant du discours ordinaire » Michel de Certeau, « L’histoire, science et fiction », Le Genre humain, 7-8(1), 1983, p. 147.
Inspirée par cette réflexion stimulante formulée il y plus de quarante ans, cette journée d’étude propose de s’intéresser aux relations entre fiction et histoire, en interrogeant la manière dont les écrits fictionnels, sous leurs modalités mythiques, littéraires, scientifiques, juridiques ou métaphoriques, participent à la compréhension des sociétés passées. Loin d’être de simples écrits illustratifs, les fictions constituent des terrains d’enquête à part entière : si elles mettent en évidence des imaginaires et des catégorisations qui peuvent être questionnés, elles présentent des personnages, des situations et des discours qui, en se rapprochant ou s’éloignant du réel, conduisent à éclairer les conditions de la vérité historique. En retour, elles invitent les historiennes et les historiens à déplacer leurs questionnements, à interroger leurs propres catégories d’analyse et à renouveler leurs méthodes. Les exemples proposés par les membres du MéMo, sur la période et la thématique de leurs choix, permettront de mettre en lumière la diversité des usages possibles de la fiction en histoire : comme source, comme outil critique ou comme espace d’expérimentation discursive ou narrative. Il s’agira ainsi de penser la fiction non comme un contrepoint à l’histoire, mais comme un outil heuristique à part entière.
Programme
Liste des exposés par ordre alphabétique (l’ordre des interventions sera décidé au dernier moment)Alioune Abou Diallo (Paris-Nanterre) : Le pouvoir divin des marabouts (saints) au Sénégal: entre réalité et fiction.
Franck Collard (Paris-Nanterre) : Quelques remarques sur le statut de la fiction au Moyen Âge occidental, l’emploi du fictionnel comme source d’enquête historique et le bannissement de la fiction de l’écriture historienne
Benjamin Lellouch (Paris-8) : Vérité historique ou fiction rhétorique ? Les citations bibliques dans le Seder Eliyahu Zuta d’Eliyahu Capsali (1523)
Hélène Leuwers (Paris-Nanterre) : L’usage de la force et des armes par le chirurgien, le vétérinaire et le maréchal-ferrant : une fiction pour dire les soins négligents en common law (1350-1370)
Marie-Pierre Litaudon (Paris-Nanterre) : “Ordres du roi et fiction généalogique. La noblesse en question au prisme historique des Loménie (de Brienne), secrétaires d’Etat”
Laurence Moulinier Brogi (Paris-Nanterre) : “La lettre brodée”. Autour d’un échange épistolaire entre Aliénor d’Aquitaine et Hildegarde de Bingen dont on n’a que la réponse.
Clément Onimus (Paris-8) : “Remarques sur un personnage fictif intégré progressivement dans les chroniques de Badr al-Din al-’Ayni : Dieu”.
Elise Quillien (Paris-Nanterre) : Les malheurs d'un petit métier racontés par des colporteurs de livres fictifs : le cas des Mémoires de l'Académie des colporteurs de 1748
Pierre-Jean Souriac (Paris-8) : Inventer un passé mythique à sa ville tout en collectionnant les preuves de son antiquité : les érudits lyonnais de la Renaissance et la mise en récit du passé.
Mis à jour le 15 juin 2026